• Le retour de l’enfant prodigue

     

    Le retour de l’enfant prodigue

    Ouvrez cette porte où je pleure.

    La nuit s’infiltre dans mon âme
    Où vient de s’éteindre l’espoir,
    Et tant ressemble au vent ma plainte
    Que les chiens n’ont pas aboyé.

    Ouvrez-moi la porte, et me faites
    Une aumône de la clarté
    Où gît le bonheur sous vos lampes.

    Partout, j’ai cherché l’Introuvable.

    Sur des routes que trop de pas
    Ont broyées jadis en poussière.

    Dans une auberge où le vin rouge
    Rappelait d’innombrables crimes,
    Et sur les balcons du dressoir,
    Les assiettes, la face pâle
    Des vagabonds illuminés
    Tombés là au bout de leur rêve.

    À l’aurore, quand les montagnes
    Se couvrent d’un châle de brume.

    Au carrefour d’un vieux village
    Sans amour, par un soir obscur,
    Et le cœur qu’on avait cru mort
    Surpris par un retour de flamme,

    Un jour, au bout d’une jetée,
    Après un départ, quand sont tièdes
    Encor les anneaux de l’étreinte
    Des câbles, et que se referme,
    Sur l’affreux vide d’elle-même,
    Une main cherchant à saisir
    La forme enfuie d’une autre main,

    Un jour, au bout d’une jetée…

    Partout, j’ai cherché l’Introuvable.

    Dans les grincements des express
    Où les silences des arrêts
    S’emplissent des noms des stations.

    Dans une plaine où des étangs
    S’ouvraient au ciel tels des yeux clairs.

    Dans les livres qui sont des blancs
    Laissés en marge de la vie,
    Où des auditeurs ont inscrit,
    De la conférence des choses,
    De confuses annotations
    Prises comme à la dérobée.

    Devant ceux qui me dévisagent,

    Et ceux qui me vouent de la haine,
    Et dans la raison devinée
    De la haine dont ils m’accablent.

    Je ne savais plus, du pays,
    Mériter une paix échue
    Des choses simples et bien sues.

    Trop de fumées ont enseigné
    Au port le chemin de l’azur,
    Et l’eau trépignait d’impatience
    Contre les portes des écluses.

    Ouvrez cette porte où je pleure.

    La nuit s’infiltre dans mon âme
    Où vient de s’éteindre l’espoir,
    Et tant ressemble au vent ma plainte
    Que les chiens n’ont pas aboyé.

    Ouvrez-moi la porte, et me faites
    Une aumône de la clarté
    Où gît le bonheur sous vos lampes.

    Jean Aubert LORANGER, Poèmes, Morissette, 1922

     

     

     


                      

    Le retour de l’enfant prodigue 

    Le retour de l’enfant prodigue

    Le retour de l’enfant prodigue

     


  • Commentaires

    2
    Jeudi 8 Septembre 2016 à 12:52

    Un petit coucou en passant chez toi! pour admirer tes jolies créas et tes petits enfants ils sont adorables!  je suis toujours en mode ralenti et ça me convient très bien pour le moment!

    je te souhaite une agréable journée ainsi qu'une belle fin de semaine! chez moi c'est toujours le grand soleil l'été continu dans ma région.

    Gros bisous de Chrys.

    1
    Mardi 30 Août 2016 à 09:43

    Merci pour cette belle créa suivi de ce superbe poème..

    Bonne journée..pour nous ce sera sous la pluie....ça fait du bien...

    Amitié...bisous

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :